Juridique7 min de lecture·29 juin 2026·Par Équipe KRYVA

Sous-traitance BTP : obligations légales du donneur d'ordre et du sous-traitant

Vous faites appel à un sous-traitant pour un chantier ou vous en êtes un vous-même ? Dans le secteur du BTP, la sous-traitance est courante — mais elle est aussi strictement encadrée.

Sous-traitance BTP : ce que la loi impose vraiment aux donneurs d'ordre et aux sous-traitants

Vous faites appel à un sous-traitant pour un chantier ou vous en êtes un vous-même ? Dans le secteur du BTP, la sous-traitance est courante — mais elle est aussi strictement encadrée. Une erreur d'agrément, un oubli de mention contractuelle ou un paiement mal géré peuvent avoir des conséquences lourdes : nullité du contrat, amendes, litiges avec le maître d'ouvrage. Pourtant, la loi du 31 décembre 1975 est souvent mal connue ou mal appliquée sur le terrain.

Dans cet article, on vous explique clairement vos obligations légales — que vous soyez donneur d'ordre ou sous-traitant — pour travailler en toute conformité et éviter les mauvaises surprises.


La loi du 31 décembre 1975 : le texte fondateur que tout artisan BTP doit connaître

La loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance est le texte de référence en matière de sous-traitance BTP obligations. Elle s'applique à tous les contrats de sous-traitance conclus pour l'exécution de marchés de travaux, qu'ils soient publics ou privés.

Son objectif premier ? Protéger les sous-traitants, souvent en position de faiblesse face aux entreprises générales, en leur garantissant un paiement sécurisé et une reconnaissance juridique.

Ce que la loi définit précisément

Un sous-traitant, au sens de cette loi, est toute personne physique ou morale à qui l'entrepreneur principal confie une partie de l'exécution du marché. La relation est donc tripartite : le maître d'ouvrage, l'entrepreneur principal (donneur d'ordre) et le sous-traitant.

Cette structure triangulaire est au cœur de toutes les obligations légales qui suivent.


L'agrément du sous-traitant : une étape obligatoire souvent négligée

L'une des principales obligations du contrat de sous-traitance artisan concerne l'agrément. L'entrepreneur principal ne peut pas faire travailler un sous-traitant sans l'avoir fait agréer par le maître d'ouvrage.

Comment fonctionne l'agrément en pratique ?

L'agrément porte sur deux éléments distincts :

  • L'acceptation du sous-traitant lui-même (son identité, ses capacités techniques)
  • L'agrément des conditions de paiement prévues dans le contrat de sous-traitance

Cette double validation doit être obtenue avant le début des travaux. Elle peut être formalisée par courrier, par avenant au marché principal, ou via un formulaire dédié dans les marchés publics.

Que se passe-t-il en cas d'absence d'agrément ?

Le défaut d'agrément entraîne la nullité du contrat de sous-traitance. Concrètement, le sous-traitant perd sa protection légale et notamment son droit au paiement direct. Les tribunaux ont régulièrement sanctionné cette situation — c'est l'une des causes les plus fréquentes de litiges dans le BTP.

Bon à savoir : dans les marchés publics, l'agrément est encadré par des délais précis (15 jours pour statuer après la demande).


Le paiement direct : la protection clé du sous-traitant

Le mécanisme du paiement direct est l'une des grandes innovations de la loi de 1975. Il permet au sous-traitant d'être payé directement par le maître d'ouvrage, sans passer par l'entrepreneur principal — ce qui le protège en cas de défaillance de ce dernier.

Qui peut bénéficier du paiement direct ?

Le paiement direct est obligatoire dans les marchés publics pour tout sous-traitant dont la part de marché dépasse 600 € TTC. Dans les marchés privés, il reste optionnel mais peut être prévu contractuellement.

Comment activer ce droit ?

Le sous-traitant doit envoyer ses demandes de paiement (situation de travaux) simultanément à l'entrepreneur principal et au maître d'ouvrage. Si l'entrepreneur principal ne s'y oppose pas dans un délai de 15 jours, le maître d'ouvrage est tenu de payer directement le sous-traitant.

Ce délai court, cette procédure stricte : autant d'éléments qui imposent une gestion documentaire rigoureuse. C'est précisément pourquoi des outils comme KRYVA permettent de suivre chaque situation de travaux, chaque échéance, sans risquer d'oublier une relance critique.


Les obligations contractuelles à ne pas oublier

La loi sous-traitance BTP impose que le contrat de sous-traitance soit établi par écrit et qu'il contienne plusieurs mentions obligatoires.

Les mentions obligatoires du contrat

  • L'identité complète des parties
  • La nature et l'étendue des travaux sous-traités
  • Le prix convenu (ou les modalités de calcul)
  • Les délais d'exécution
  • Les conditions de paiement
  • La référence au marché principal

Les obligations du donneur d'ordre

L'entrepreneur principal a des obligations actives :

  • Déclarer ses sous-traitants au maître d'ouvrage
  • Mentionner dans le marché principal l'existence de sous-traitants
  • S'assurer de la couverture en assurance décennale de ses sous-traitants avant tout démarrage de chantier
  • Respecter les délais de paiement légaux : 30 jours à compter de la réception de la facture dans les marchés publics, 45 jours fin de mois ou 60 jours dans les marchés privés (LME)

Garanties financières : caution et délégation de paiement

Dans les marchés privés, le sous-traitant ne bénéficie pas automatiquement du paiement direct. Deux mécanismes alternatifs de protection existent :

La caution bancaire

L'entrepreneur principal peut fournir à son sous-traitant une caution bancaire couvrant les sommes dues. Cette caution, délivrée par un établissement bancaire ou une assurance, garantit le paiement en cas de défaillance.

La délégation de paiement

Le maître d'ouvrage peut accepter, à la demande du sous-traitant, de régler directement ce dernier — c'est la délégation de paiement. Contrairement au paiement direct légal (marchés publics), cette délégation repose sur un accord tripartite.


FAQ — Sous-traitance BTP : vos questions fréquentes

Q: Un sous-traitant peut-il lui-même sous-traiter une partie des travaux ?

R: Oui, c'est ce qu'on appelle la sous-traitance en chaîne. Mais chaque niveau de sous-traitance doit faire l'objet d'un agrément du maître d'ouvrage. Le sous-traitant de second rang doit donc être agréé, et les mêmes obligations légales s'appliquent à chaque maillon de la chaîne.

Q: Que risque un donneur d'ordre qui ne déclare pas son sous-traitant ?

R: En cas de non-déclaration, l'entrepreneur principal s'expose à des sanctions civiles et pénales. Sur le plan civil, le sous-traitant non déclaré peut agir directement contre le maître d'ouvrage. Sur le plan pénal, le travail dissimulé peut être invoqué si la sous-traitance est délibérément cachée. Les risques sont donc particulièrement élevés.

Q: La loi de 1975 s'applique-t-elle aux auto-entrepreneurs dans le BTP ?

R: Oui. Le statut juridique importe peu : dès lors qu'un auto-entrepreneur intervient pour exécuter une partie d'un marché de travaux pour le compte d'un entrepreneur principal, il est considéré comme sous-traitant au sens de la loi. Toutes les obligations d'agrément, de contrat écrit et de paiement s'appliquent de la même façon.


Conclusion : la conformité légale, un investissement qui protège tout le monde

La sous-traitance BTP est un levier efficace pour développer son activité ou répondre à des marchés plus importants. Mais elle ne s'improvise pas. La loi du 31 décembre 1975 pose un cadre précis que chaque artisan — qu'il soit donneur d'ordre ou sous-traitant — doit respecter : agrément foralisé, contrat écrit, paiement dans les délais, garanties financières adaptées.

Bien gérer ses sous-traitants, c'est aussi bien gérer sa documentation : contrats, situations de travaux, factures, relances. Une seule pièce manquante peut fragiliser l'ensemble d'un chantier.


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